Le 9 février 2010

La prise en charge de la dyslexie au sein de l’enseignement ordinaire

Caroline PERSOONS

La dyslexie est un trouble de l’apprentissage du langage écrit, qui n’est pas justifié par un déficit intellectuel ou un déficit neurologique. Dix pour cent de la population belge seraient concernés. Les formes de dyslexie sont multiples et touchent les enfants à des degrés divers, mais les conséquences sont les mêmes, à savoir un parcours scolaire particulièrement difficile pour les enfants et les jeunes victimes de ce trouble.

Une détection précoce est essentielle car moyennant un aide appropriée et un accompagnement pédagogique, les problèmes de dyslexie peuvent être surmontés. A l’inverse, un dépistage tardif entraînera souvent un lourd handicap pour la scolarité et dans la vie sociale, et peut mener dans des cas ultimes à l’analphabétisme. Cette problématique mérite donc une attention toute particulière. De nombreux pays l’ont bien compris et ont pris des mesures en faveur des dyslexiques, c’est notamment le cas des Etats-Unis, des Pays-Bas, du Canada ou de la Grande-Bretagne. Ainsi, récemment, mon attention a été attirée le témoignage, dans la presse, d’une grand-mère, qui soulignait combien sa petite fille avait eu de la chance de faire ses études aux Etats-Unis où elle avait pu bénéficier d’une aide professionnelle et du soutien des enseignants (temps supplémentaire aux examens, test sur ordinateur, utilisation du correcteur d’orthographe,…). Je signale également que les Etats-Unis pratiquent, dans ce domaine, l’inclusion.

En Belgique, dès 1970, le législateur a pris diverses mesures en faveur de l’enseignement spécialisé destiné aux enfants qui, sur la base d’un examen multidisciplinaire, doivent bénéficier d’un enseignement adapté en raison de leurs besoins spécifiques et de leurs possibilités pédagogiques. Ainsi, au sein de l’enseignement spécialisé, on a créé l’enseignement de type 8, destiné aux enfants pour lesquels l’examen pluridisciplinaire a conclu à des troubles de l’apprentissage. Ceux-ci se traduisent généralement « par des difficultés dans le développement du langage ou de la parole et/ou dans l’apprentissage de la lecture, de l’écriture ou du calcul, sans qu’il y ait retard mental ou déficit majeur sur le plan physique, comportemental ou sensoriel. Ils doivent être considérés comme des troubles complexes aux origines multifactorielles » . La Belgique est un des seuls pays francophones à organiser un enseignement spécialisé en faveur des enfants dyslexiques. Pourtant, si l’enseignement spécialisé constitue une réponse appropriée pour les cas de dyslexie les plus graves, ce n’est pas toujours le cas. En effet, tous les enfants dyslexiques ne relèvent pas de l’enseignement de type 8 et heureusement ! En outre, j’estime qu’il faut éviter au maximum de placer ces enfants au sein de l’enseignement spécialisé, d’une part parce que cet enseignement est surchargé et d’autre part, parce qu’il est préférable de maintenir les enfants dyslexiques au sein de l’enseignement ordinaire, moyennant un prise en charge adaptée et ce afin de les tirer vers le haut.

En effet, les études d’inclusion d’enfants issus de l’enseignement de type 8 menées par le professeur Tremblay, ont démontré que « les élèves en inclusion apprennent mieux tout en ayant un comportement, une estime de soi, une envie d’apprendre similaires sinon supérieurs ». Ces expériences ont donné des résultats encourageants et assez positifs. Par ailleurs, je souligne qu’on a constaté que dans la plupart des cas « lorsqu’on rentre dans l’enseignement spécialisé, on n’en sort pas ou très peu », pour reprendre les termes du professeur Tremblay qui a également mené une étude sur la réintégration des élèves provenant de l’enseignement de type 8. Dans son étude, il avait relevé que l’objectif principal de l’enseignement spécialisé de type 8 qui vise à réintégrer les élèves au sein de l’enseignement ordinaire, était rarement atteint, puisque seulement un élève sur deux passe dans l’ordinaire, alors que les autres élèves sont orientés vers d’autres types d’enseignement spécialisé et ce tant dans le primaire que dans le secondaire. Je renvoie à cet égard aux constats soulevés par le professeur Tremblay dans son étude de 2007.

Par conséquent, on relèvera toute l’importance de permettre aux élèves dyslexiques de suivre une scolarité au sein de l’enseignement ordinaire. J’ai d’ailleurs toujours été favorable au maintien des enfants en difficulté d’apprentissage au sein de l’enseignement ordinaire à la condition qu’un projet pédagogique spécifique soit proposé. Cependant, pour suivre un cursus scolaire normal, les enfants dyslexies ont souvent d’un encadrement particulier. J’aimerais interroger la ministre sur ce qui peut favorablement permettre l’inclusion, la réussite des élèves souffrant de dyslexie et ciblerai donc quelques points précis.

1. Des mesures et un encadrement particulier.

Parmi ces mesures, je pense spécialement au recours à l’oral, à l’utilisation d’un correcteur d’orthographe ou encore à l’adaptation du temps d’examen. A cet égard, je rappelle que certains pouvoirs organisateurs ont fourni du matériel informatique adapté aux enfants dyslexiques afin de faciliter leur apprentissage. Comme j’ai pu le rappeler lors d’une interpellation que j’avais développée sur le sujet lors de la législature précédente, la Communauté flamande a subsidié la réalisation d’un outil tout-à-fait adapté pour l’aide à l’apprentissage. Qu’en est-il en Communauté française ? Quelles sont les mesures mises en place pour favoriser l’intégration des dyslexiques au sein de l’enseignement ordinaire ? Comptez-vous prendre des initiatives en ce sens ?

2. La formation initiale et continuée des instituteurs et professeurs.

Evidemment, un rôle essentiel est et doit être joué par les enseignants, puisqu’ils sont en première ligne pour détecter les difficultés de l’enfant. L’information et la sensibilisation aux troubles d’apprentissage sont donc fondamentales. Or, bien souvent les enseignants sont souvent démunis face à ces situations. La directrice de l’école de l’Envol à Gesves le rappelait encore en pointant du doigt le fait qu’en sortant de l’école normale, « les instits ne sont formés ni pour gérer ni pour aider les enfants à trouble de l’apprentissage ou à haut-potentiel ». Le décret du 12 décembre 2000 relatif à la formation initiale des instituteurs et des régents a réalisé un premier pas en faveur de l’amélioration de la formation des futurs enseignants en imposant aux sections pré-scolaires et primaires des cours sur les troubles de l’apprentissage. Ces mesures ne semblent pas suffire et des efforts doivent encore être accomplis. J’interrogerai le Ministre responsable de l’enseignement supérieur à ce sujet. Par ailleurs, afin d’améliorer la formation continue des enseignants, l’Institut de la Formation en cours de carrière (IFC) offre également des possibilités de formation qui abordent notamment les problèmes liés à l’analyse des mécanismes d’apprentissage de lecture ou de calculs, au travail multidisciplinaire, etc. Ces formations s’inscrivent dans le cadre de la formation obligatoire et ces formations semblent rencontrer un grand succès. Je salue ces initiatives qui vont dans le bon sens. Toutefois, lors de la précédente législature, l’offre de formation était limitée en raison d’un manque de formateurs compétents. La Ministre Arena avait d’ailleurs envisagé de faire appel à des spécialistes étrangers. Qu’en est-il de la situation à l’heure actuelle ?

3. Le dépistage de la dyslexie.

Pour certains handicaps tels que l’autisme, des centres de dépistage spécialisés, reconnus et subsidiés par l’INAMI existent. Quid pour la dyslexie ? Dans le cadre du dépistage des troubles de l’apprentissage, les CPMS sont des acteurs privilégiés. Ces centres utilisent notamment la batterie de Piaget. Existe-t-il des tests pratiqués sur des élèves sur base volontaire pour repérer les troubles de l’apprentissage ? Est-ce que les budgets des CPMS ont été augmentés, compte tenu de leurs nouvelles missions ?

4. L’accès et l’inclusion dans l’enseignement secondaire.

Actuellement, un enfant qui termine ses primaires au sein de l’enseignement de type 8 doit continuer ses études au sein de l’enseignement secondaire ordinaire puisqu’il n’existe pas d’enseignement de type 8 au sein de l’enseignement secondaire. Comme je l’ai rappelé, il existe différentes formes de dyslexie et pour les cas les plus graves, la poursuite de la scolarité au sein de l’enseignement secondaire ordinaire risque de mener à l’échec ou à la relégation au sein des filières professionnelles ou au sein d’autres types d’enseignement spécialisé. Rien, me semble-t-il, n’est actuellement prévu pour les dyslexiques au sein de l’enseignement secondaire. Une extension de ce qui existe pour les dyslexiques en primaire est-elle envisageable au niveau secondaire (cfr encadrement particulier via le décret intégration des élèves à besoins spécifiques) ? Envisagez-vous de prendre d’autres mesures en faveur des enfants dyslexiques au niveau de l’enseignement secondaire ?

L’intégration, l’inclusion est un droit, il appartient aux responsables politiques de faire en sorte qu’il soit effectivement respecté. Le récent décret sur l’intégration des enfants à besoins spécifiques va dans le bon sens, mais pour ce faire il doit être appliqué, modalisé en fonction des beoins. Mettons tout en œuvre pour permettre aux enfants victimes de troubles de l’apprentissage d’aller le plus loin possible compte tenu de leurs possibilités.

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